Polémique Oudéa-Castéra… Et si on parlait vrai ?

Publié le 16 janvier 2024 à 11:08

Que de réactions depuis la première intervention de notre nouvelle ministre, Mme Oudéa-Castéra !

Certaines bien légitimes, d’autres beaucoup moins… mais surtout le sentiment, une nouvelle fois, que l’on passe à côté des vraies questions. Au profit d’un petit théâtre des postures et d’une grande vague de moraline à deux sous.

Les mots de notre nouvelle ministre n’ont pas été des plus heureux (euphémisme… ils pourraient même être qualifiés de partiellement mensongers si les informations dévoilées par Libération dimanche soir se confirmaient), et il suffisait de voir la tête de Gabriel Attal pour se rendre compte qu’une grave faute de communication venait d’être commise.

Ils sont pourtant révélateurs et jettent une lumière crue sur la dégradation continue d’une institution jadis vue comme un fleuron national.

 

Ces propos tenus par naïveté, cynisme ou maladresse pointent des faits réels : les enseignants absents ne sont plus (ou presque plus) remplacés et quand ils le sont, ils le sont souvent mal. Les savoirs ne sont plus une priorité, la violence de la société est là. Mais les choses se compliquent lorsque l’on cherche à se demander pourquoi. Et qui est responsable du fait que l’École publique est en train de sombrer

 

Quelques éléments d’explication. Ce ne sont pas les enseignants, ni de manière générale les personnels de l’Éducation nationale les fautifs. Ils font de leur mieux avec peu et le plus souvent dans l’indifférence voire le mépris et l’hostilité générale. Bien sûr il y a des fumistes, des incapables, des caricatures… Comme dans l’ensemble des métiers. Mais c’est une infime minorité. La vérité c’est que nos métiers sont sacrifiés depuis des décennies. Par la droite, par la gauche, par le centre. Et même l’extrême-centre comme on dit parfois aujourd’hui.

 

Les professeurs absents ? Un mensonge prouvé par les statistiques. Comme l’explique très bien l’internaute et collègue Cincinnatus c’est d’abord un faux problème : « Ce marronnier qui alimente depuis bien longtemps le profbashing, c’est-à-dire la diffamation des enseignants perçus comme des fainéants toujours absents, est en réalité un faux problème… qui en masque un autre, réel et que les familles connaissent bien. Un faux problème, d’abord, puisque les enseignants sont moins absents que les autres fonctionnaires, eux-mêmes moins absents que les salariés du privé : la proportion d’absentéisme s’élevant respectivement à 2,6 %, 3,2 % et 3,9 %, selon les chiffres de la Direction générale de l’Administration et de la Fonction publique. » Et tout le monde comprendra que ce type d’absence engendre immédiatement un effet-loupe : « La perception de l’opinion publique est biaisée en raison d’un effet loupe : l’absence d’un salarié d’une entreprise peut avoir des conséquences sur ses collègues, éventuellement sur des clients ou des fournisseurs, mais sa visibilité est sans aucune mesure avec celle d’un enseignant, d’autant plus dans le secondaire – l’absence d’un professeur en collège, avec quatre classes de trente-cinq élèves, est immédiatement visible (et jugée) par cent quarante familles. Les enseignants ont bien le droit d’être malades, d’avoir un enfant ou de perdre un proche, ce que beaucoup de parents consuméristes et d’adeptes du café du commerce et des réseaux dits sociaux feignent d’oublier ! »

 

Le vrai problème ? « C’est celui du système de remplacement, devenu exsangue. Le vivier de remplaçants est bien trop faible (plus personne ne veut devenir prof, on se demande pourquoi !) et le ministère considère que du moment qu’il y a un adulte devant une classe, tout le monde doit s’estimer heureux. Dans ces circonstances, la colère des enseignants, des élèves et des parents est bien légitime. » Le grand public doit en effet savoir que depuis des années les gouvernements de gauche comme de droite (et bien entendu macronistes) ont sciemment asséché le vivier des professeurs remplaçants vu comme une dépense inutile et insupportable... Fin des personnels titulaires recrutés pour cela (TZR ou équivalents dans le premier degré), énorme mascarade des RCD (remplacement courte durée) qui ne sont au mieux qu’un pansement et au pire une escroquerie. Des heures faites au débotté le plus souvent par des collègues d’autres disciplines et sans continuité pédagogique, mais qui permettent d’enfumer le chaland. Le tout emballé dans une pochette surprise « McKinsey » appelé « Pacte enseignant » pour attraper le gogo et cacher la misère… Sans parler des postes ou postes partiels attribués à des personnes recrutées sans concours et sans formation pour faire de l’affichage et tenir coûte que coûte le mantra présidentiel « pas une classe sans professeurs » (et sans y réussir au final). Tristesse, colère, dégoût…

 

Les professeurs n’assurant pas les « savoirs fondamentaux » ? À qui la faute ? Pourquoi avoir réformé les concours de recrutement pour en faire au mieux des entretiens d’embauche et de visas de loyauté aux chefs et au pire des attestations de maîtrise de concepts pédagogiques fumeux voire funestes ? Et ce au détriment de la validation d’une formation initiale solide… Pourquoi valoriser les « heures de rien » (projets bidons, éducation à je ne sais quelle grande cause sociétale, etc.) contre l’heure de cours disciplinaire ? Pourquoi avoir supprimé l’exigence scolaire au profit de vagues « compétences » mensongères et idéalisées sur l’autel du « pas-de-vagues » et de la « réussite » promise à tous gagée sur des scores soviétiques (voire cubains) de réussite aux examens en chocolat ?

 

Face à ce constat d’une École publique qui coule bien des parents se tournent vers le privé, mais en réalité la très grande majorité des établissements de ce type connaît les mêmes maux et changer pour le privé n’améliorera rien. La situation y est même parfois pire. À part bien sûr pour quelques établissements de centre-ville très « sélects » qui se sont bien gardés des lubies pédago-gogos des dernières décennies, on l’aura bien compris…

 

Et nous, dans tout ça, les personnels de l’Éducation nationale ? Nous assistons énervés, mais blasés et souvent découragés, à ce désastre. Les syndicats majoritaires, outrés, appellent déjà à la grève essentielle et fondamentale d’une journée pour « protester » et « construire le rapport de force »… Parfois même le seul nom du ministre suffit comme motif de la grève ! Fatigue…

 

« Action et Démocratie CFE-CGC » ne participera pas à ce bal des hypocrites, cyniques et donneurs de leçons de salon. Nous respectons les idées de chacun, mais nous disons qu’aujourd’hui il faut regarder les choses en face : ce n’est pas en appelant aux grèves symboliques et inefficaces d’une journée que l’on va remettre l’École sur les bons rails et que l’on redonnera de l’espoir aux personnels ! Ces méthodes dépassées ne marchent pas et désespèrent les personnels qui sont déjà asphyxiés par l’inflation et des salaires devenus indignes par rapport au niveau d’études. Il faut envisager d’autres modes d’action et se réserver l’arme de la grève pour de bonnes raisons et en l’utilisant à bon escient (voir plus bas). Est-ce que le mouvement syndical se montre à la hauteur des enjeux et des angoisses des personnels ? Chacun se fera son avis.

 

Pour nous à « Action et Démocratie CFE-CGC » nous nous concentrons sur l’essentiel et non sur des polémiques qui finalement en resteront au stade de l’écume médiatique. Nous formulons un ensemble de propositions concrètes pour réformer de fond en comble la maison « Éducation nationale », que chacun s’en saisisse et apporte sa contribution au débat et nous avancerons.

 

« La promesse méritocratique de l’école républicaine était d’offrir aux enfants de prolétaires l’instruction que recevaient les enfants de bourgeois. Malgré tous les efforts des enseignants, malgré leur abnégation, aujourd’hui, bien trop souvent, l’école publique n’offre plus, ni aux uns ni aux autres, un enseignement digne. », nous dit encore notre collègue Cincinnatus. Il a raison et il n’est pas honteux de le reconnaître. Monter sur sa chaise, crier au loup, appeler à la révolte (mais pas trop quand même…) soulagera sûrement quelques personnes, mais il faut aller plus loin, beaucoup plus loin ! L’important c’est désormais de consacrer notre travail et notre énergie à un unique but : redonner à nos enfants ce à quoi nous avons eu droit jadis c’est-à-dire une École publique de qualité.

 

Saurons-nous éviter une énième désillusion, de nouvelles actions vouées à l’échec et la poursuite de notre décrédibilisation vis-à-vis du grand public ? Une nouvelle fois nous, à « Action et Démocratie CFE-CGC », syndicat neuf, pugnace, mais responsable, en formulons le vœu. Sortons des idéologies, des postures et rejoignons-nous sur l’essentiel pour l’honneur de l’ensemble des collègues. L’intervention médiatique désastreuse de Mme Oudéa-Costéra peut constituer un déclic. Reste à vouloir VRAIMENT changer les choses.

Sinon on continuera comme avant et droit vers la tombe.

 

Le bureau académique « Action et Démocratie / CFE - CGC Corse ».

 

Notre point de vue sur la « grève » :

 

Si cela devait être envisagé, il serait enfin temps de construire un vaste mouvement de contestation (regardons vers nos collègues du Québec !) qui soit digne de la Cause et de la masse des personnels qui tombent dans le désespoir. Halte aux grèves d’une journée rituelles, quasi pavloviennes et inutiles ! Regroupons-nous et créons un mouvement syndical où chacun serait représenté et où nous nous mettrions d’accord sur 4 à 5 demandes essentielles. Annonçons que si d’ici les vacances d’Hiver nous n’obtenons pas satisfaction, ce sera la grève. Mais la VRAIE ! Dure, reconductible. Elle sera comprise par le peuple, car expliquée et annoncée préalablement.

Action & Démocratie Corse / CFE – CGC

 

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